Avec Aristophil, les 120 journées de Sodome reviennent au pays natalde Aristophil

Le retour en France du rouleau mythique

Loin de la France depuis des décennies, ce manuscrit d’exception, dont la survie est un roman digne de l’Odyssée, revient à Paris, la ville qui l’a vu naître. La société Aristophil vient d’acquérir le précieux trésor, qui entre ainsi dans les collections du Musée des Lettres et Manuscrits. Elle met fin à plus de trente ans de querelles juridiques, et va permettre au public de découvrir enfin ce rouleau mythique, en l’exposant prochainement à l’Institut des Lettres et Manuscrits.

@Suddeutsche Zeitung/Rue des Archives

Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814) écrivain français, auteur des 120 Journées de Sodome. Les traits de Sade demeurent enveloppés de mystère. À part ce profil juvénile, esquissé par Carles van Loo vers 1760, seules quelques représentations plus ou moins imaginaires nous donnent une idée de son visage.

En ce jour d’août 1782, Sade est à sa table de travail. La plume crisse sur le papier tandis que sur le bureau s’accumulent lettres de ses proches, livres récents ou cahiers de notes… On imagine presque, derrière un chevalet, une mine de plomb à la main, Fragonard tentant d’immortaliser l’écrivain au travail, happé par le souffle de l’inspiration. Malheureusement ce tableau, comme ce cadre idyllique, n’existeront jamais, puisque durant l’été 1782, Donatien Alphonse François de Sade, seigneur de Lacoste, Mazan et Saumane profite de l’hospitalité royale au château de Vincennes. Une hospitalité particulièrement spartiate dans cette prison austère ; muré dans un cachot qui ressemble à un sépulcre, glacial l’hiver, étouffant l’été, éclairé par un rai hésitant de lumière chutant d’une meurtrière, Sade a pour seule compagnie mondaine, une horde de rats voraces et bruyants. C’est bien dans ces conditions d’écriture, particulièrement effroyables, qu’est pourtant né le plus grand délire érotique, jamais enfanté par une cervelle humaine : Les 120 journées de Sodome. Un enfantement imprévu d’ailleurs, car le divin marquis, qui s’est toujours rêvé homme de lettres, au grand dam de sa famille, ne rêve que de triompher au théâtre.

Ainsi depuis le début de sa détention, en février 1777, il noircit le papier de répliques et de didascalies dont il attend grand succès quand il sera libéré. Dans les deux cas, Sade s’illusionne : l’heure de la liberté ne sonnera qu’en 1790 et quant à la valeur dramatique de son oeuvre théâtrale, elle cherche encore preneur. Pourtant Donatien s’acharne et impose à ses proches la lecture de ses comédies et autres tragédies. Las ! Que ce soit son épouse, René Pélagie ou son ancien précepteur, le doux abbé Amblet, tous finissent par être unanimes : les pièces de théâtre de Sade sont bien plus destinées à brûler dans la cheminée que sur les planches. Un verdict que le marquis aura du mal à accepter, mais dont il tirera aussitôt conséquence en annonçant, par lettre à son entourage, que puisqu’on ne reconnaît pas son talent, il va donc le déployer ailleurs et prendre désormais les pinceaux de l’Arétin. La référence à ce poète délicatement libertin du XVIe siècle n’alarme d’ailleurs nullement la famille qui ne peut imaginer que Sade, piqué au vif, a décidé d’écrire le chef-d’oeuvre le plus extrême et le plus provoquant de toute notre littérature.

Un texte qui empeste le souffre

Extrême, car depuis plus de deux siècles, ce continent inconnu, surgi aux confins de la littérature, est une limite indépassable. Et même parmi les grands noms du roman érotique du XXe siècle, comme Pierre Louÿs ou Georges Bataille, nul ne s’est aventuré sur ces hautes terres où rugit encore et toujours un vent à la morsure sans pareille, un souffle de liberté inépuisable. Provoquant, car on oublie trop chez Sade son besoin incessant d’être l’acteur de sa propre vie. Emprisonné depuis des années, le marquis ne rêve pas du tout de sortir de sa geôle pour donner le spectacle vertueux de la repentance, retrouver sa place dans la bonne société, entouré de l’amour de sa femme et du respect de ses enfants. Non, ce qui fouette le sang et va révéler le génie de Sade, c’est de faire oeuvre, une oeuvre totale qui frappe de stupéfaction ses contemporains et impose définitivement son nom au firmament de la littérature. C’est donc l’esprit gagné par la fièvre de ce grand rêve que le marquis se met au travail. Un travail considérable, car il faut tout inventer, tout oser. Un simple coup d’oeil sur la production érotique de son temps suffit à le prouver. Les 120 journées sont une oeuvre monstre dans laquelle toutes les frontières sont violées, les conventions bafouées, tous les records pulvérisés, toutes les audaces dépassées, où
Sade d’un coup épuise le champ du possible. Pour écrire ce qu’il pressent comme son chef-d’oeuvre, le marquis va outrepasser toutes les limites en transcendant ses souvenirs majeurs d’enfance.

Le roman présente en effet quatre débauchés qui s’enferment dans un château, pour concevoir et commettre les pires sévices sur des victimes érotiques auxquelles rien ne sera épargné. Le lieu d’abord, le château de Silling, rendu inaccessible pour que les libertins puissent s’adonner à toutes leurs passions, renvoie à celui de Saumane, la forteresse provençale dans laquelle Sade a passé ses jeunes années. C’est là que Donatien fut élevé par son oncle paternel, un abbé du siècle des Lumières, ami de Voltaire et biographe de Pétrarque. Un fin lettré, mais aussi un libertin qui vivait en galante compagnie d’une mère et de sa fille. Pour autant, ce qui a le plus fasciné Sade enfant, ce sont les caves, les souterrains, les geôles, qui parsèment et minent le sous-sol du château. Tout un monde obscur, vibrant d’imaginaire, comme une projection à venir de ses propres fantasmes. Les personnages ensuite, le duc de Blanquis, par exemple,  » dur, impérieux, barbare, égoïste » rappelle à tout égard le comte de Charolais, chef de famille de la maison de Condé au sein de laquelle Sade est né. Un prince de sang, imbu de son rang qui viole et roue de coups sa maîtresse en public quand il n’abat pas, pour son plaisir, des inconnus dans la rue comme du vulgaire gibier.

©Rue des Archives / RDA

Donatien Alphonse François de Sade représenté par Man Ray.

Une personnalité, haute en couleurs, dont on retrouve la démesure dans les personnages des 120 journées de Sodome. Une création exceptionnelle donc que ce roman, mais réalisée de plus dans des conditions hors norme ; car ce qui fait le confort et le quotidien d’un écrivain lui manque cruellement. D’abord le papier qui est une hantise. Les lettres du marquis à sa femme résonnent de suppliques désespérées et de menaces rageuses pour qu’on lui fournisse des cahiers, ou plutôt ses cahiers, car les exigences du marquis sont d’une précision obsessionnelle : il ne peut écrire que sur tel papier, de telle dimension et de telle qualité. Ensuite Ensuite le climat qui est une malédiction. Que ce soit à Vincennes ou à la Bastille, les cellules dans lesquelles Sade est enfermé sont un terrible microclimat à elles toutes seules. Le plus souvent on y gèle et il est difficile d’écrire à la plume, des engelures aux doigts. Et si par bonheur, on y installe un poêle, il enfume le cachot, provoquant maux de tête et coups de sang. Puis, la lumière qui est une faveur. Même en plein jour, le marquis est obligé de s’éclairer à la bougie. Et que ce soit sa belle-mère qui finance son maigre train de vie de prisonnier ou l’administration qui confisque ou interdit à tour de bras, ses deux ennemis détestent le voir écrire. Et le malheureux marquis, éclairé par des bouts de chandelle, finit par y perdre la vue, et enfin la santé. Migraines à répétitions, digestion en déroute, graves troubles visuels, surpoids constant, chute de dents… Le débauché notoire, souple duelliste et fringant cavalier, n’est plus que l’ombre de lui-même. Sans cesse malade, il lui faut aussi se battre contre les errances de son propre corps pour écrire. On le voit, les conditions de création de Sade sont le plus souvent calamiteuses. Des contraintes en série, extrêmement rigoureuses, souvent violentes, mais dont on peut se demander si elles n’ont pas fini par aider à la cristallisation d’une écriture unique comme elles ont eu une influence déterminante sur la forme même du manuscrit des 120 journées de Sodome.

Un manuscrit à nul autre pareil

Depuis quelques décennies, les manuscrits de personnalités, artistiques ou historiques, fascinent. Chercheurs et collectionneurs se ruent sur ces témoignages rares et fragiles. Les amateurs éclairés rêvent de détenir une
part tangible de l’Histoire en marche, les critiques littéraires de déceler les secrets de la création dans le maquis des ratures ou le taillis des repentirs. Il est vrai que contempler une feuille d’épreuves de Balzac, constellée de corrections, c’est voir l’exercice littéraire s’élever à la hauteur de la genèse céleste. Certains manuscrits, par la puissance de création qu’ils révèlent, sont en eux-mêmes de véritables oeuvres d’art. Le coup de plume impérial qui barre un feuillet bleu, noirci de la plume de Victor Hugo, vaut souvent le coup de pinceau final d’un grand peintre. Dans cette catégorie des manuscrits qui défient la norme et enflamment l’imagination, celui des 120 journées de Sodome, se situe, sans le moindre doute, parmi les plus stupéfiants. Il est vrai que la manière dont Sade l’a fabriqué est exceptionnelle. Pour écrire un livre, le marquis obéit en général à un processus en trois phases : d’abord des prises de notes de lecture sur des cahiers dédiés. Notes qui lui servent, le plus souvent, à nourrir l’oeuvre à venir, principalement du point de vue historique ou philosophique ; ensuite, une première étape de rédaction, là aussi sur un cahier spécifique, avec assez peu de corrections (comparativement à d’autres écrivains) et quelques notes en marge ; puis des étapes successives de  » mise au net », selon l’expression de Sade, mais qui correspondent à de véritables réécritures en extension jusqu’à la version finale sur un ultime cahier. Dans le cas des 120 journées de Sodome, ces étapes préparatoires sont peu ou mal connues : pas de cahier de prises de notes préalables, à part peut-être quelques notules isolées sur l’Italie et dont l’écho pourrait se retrouver dans le roman ; une première étape de rédaction, qui ne nous est pas parvenue, mais qui, selon certaines sources, aurait eu lieu au château de Vincennes, sans doute à partir de l’été 1782, et que Sade aurait réussi à préserver et à emporter lors de son transfert à la Bastille en février 1784 ; une mise au net, du 22 octobre au 28 novembre 1785 qui correspond au manuscrit actuel tel que nous le connaissons.

Sade 5

À l’hiver 1785, quand il achève Les 120 journées, Sade, à défaut d’être un écrivain reconnu, est un prisonnier célèbre. Détenu depuis plus de huit ans par une lettre de cachet qu’il doit à sa belle-mère, excédée par ses frasques à répétitions, le marquis a déjà une belle réputation internationale. Que ce soit en France, en Angleterre ou en Hollande, la bonne société sait tout de ses penchants personnels et de la manière particulière dont il les satisfait. Il est vrai qu’avec plusieurs condamnations pour débauche outrée dont une à mort, le marquis a de quoi fasciner et inquiéter ses geôliers. Déjà réputé à la prison de Vincennes, pour ses querelles explosives avec les autres détenus – son cousin Mirabeau en a fait les frais -, Sade est particulièrement surveillé à la Bastille. Ce qui va avoir une influence déterminante sur les conditions de rédaction et de protection des 120 journées
de Sodome. En effet, à la Bastille, Sade est confronté à l’hostilité déclarée de ses geôliers et en particulier du gouverneur de la forteresse, monsieur de Launay. Ce dernier est particulièrement excédé par les incidents qui émaillent les visites de madame de Sade à son mari qui multiplie menaces, insultes et crises de jalousie. Sans compter les violents coups de colère du marquis dans sa cellule, qui terrorisent ses gardiens. Mais ce qui choque le plus monsieur de Launay, ce sont les lettres qu’écrit Sade, un torrent en crue de récriminations, de reproches et d’attaques dont la belle-famille du marquis fait principalement les frais. À la vérité, le gouverneur de la Bastille ne supporte plus les excès de son pensionnaire et, en représailles, multiplie les perquisitions, confiscations et autres vexations. Ce harcèlement policier va amener Sade à édifier son manuscrit de manière inédite pour éviter à tout prix qu’il ne soit découvert, confisqué, puis détruit. C’est ainsi que Sade va écrire son texte sur des bandelettes de 11,2 cm de long, sur quelques centimètres de large, pour qu’elles puissent se dissimuler dans la paume de la main. Ces paperolles, véritables modules de base de l’écriture sadienne, sont ensuite collées une à une au fur et à mesure de la rédaction. Au final, le manuscrit atteint la dimension extravagante de 12 m de long. C’est donc sous la forme d’un fin rouleau noirci d’encre, tel les codex antiques, que Les 120 journées de Sodome nous sont parvenues. Ce qui pose la question de sa dissimulation… On peut en effet s’interroger sur le rôle exact de ces étuis que Sade commande régulièrement à son épouse. Ces objets creux, de forme conique, en bois poli, dont le marquis précise avec beaucoup de verve et d’autorité les dimensions exactes, ont toujours été interprétés comme de pénétrants adjuvants aux prestiges du marquis de Sade, c’est-à-dire ses masturbations. Certes on connaît la prédilection de Sade pour les objets divers et variés pour égayer ses fantaisies sexuelles, toutefois on peut raisonnablement se demander, au vu des dates de commande et des dimensions de ces étuis, s’ils n’avaient pas une fonction plus littéraire. Celle de dissimuler partie ou totalité du manuscrit des 120 journées en des lieux peu suscepti-bles d’être fouillés par des gardiens même zélés.

L’énigme de la survie du manuscrit : une quête fascinante

Où Sade cachait-il donc son grand oeuvre ? Entre deux pierres de l’épais mur de la tour de la Liberté, la bien nommée, ou dans un de ses étuis ? Sans doute ni dans l’un ni dans l’autre, le 2 juillet 1789. Ce jour-là, Sade en proie à une de ses fameuses crises de rébellion, hurle à travers sa fenêtre que l’on égorge les prisonniers. Dans les quartiers de Paris, la situation politique est explosive et pour éviter l’émeute, le gouverneur de la Bastille décide de se débarrasser de son tonitruant prisonnier. Dans la nuit du 3 au 4, le marquis est exfiltré manu militari dans une autre prison. Le 14 juillet, la Bastille tombe, la forteresse est pillée et jamais plus Sade ne reverra le manuscrit des 120 journées de Sodome. Toute sa vie, il le croira perdu. Et pourtant… Selon la tradition, c’est un certain Arnoux, de Saint-Maximin, en Provence, la région d’origine des Sade, qui récupère le précieux manuscrit, dans les fossés de la Bastille selon certaines sources, dans la chambre dévastée du marquis selon d’autres. On peut toutefois s’étonner qu’un parfait inconnu, dans une forteresse livrée au pillage, ait justement mis la main pile sur le texte des 120 journées. Un hasard bien curieux d’autant que cet Arnoux monnaye rapidement le manuscrit auprès d’une riche famille, les Villeneuve-Trans. Des aristocrates, eux aussi, de Provence, de plus apparentés au marquis, et qui vont précieusement garder le manuscrit pendant plusieurs générations. Beaucoup de coïncidences qui ébranlent la théorie, pour ne pas dire la légende, de la sauvegarde par miracle du manuscrit. Le plus probable est que le rouleau du marquis ait été emprunté avant le fameux 14 juillet, sans doute suite à l’état des lieux de la cellule de Sade : état des lieux au cours duquel on numérotait et décrivait par le menu les effets du prisonnier, après son transfert dans une autre prison. On imagine facilement qu’un gardien ou un de ses proches ait vite compris la valeur vénale d’un tel manuscrit, d’autant que la réputation sulfureuse du marquis défrayait la chronique et fascinait déjà depuis plus d’une décennie. En tout cas, la valeur et l’origine du texte sont parfaitement connus des Villeneuve-Trans, car c’est bien un texte autographe du divin marquis qu’ils revendent à leur tour à un médecin allemand, Iwan Bloch, psychiatre et fondateur de la sexologie, qui en fait, en 1903, une première édition désastreusement fautive. L’honneur revient au vicomte Charles de Noailles de racheter et de rapatrier en France le manuscrit des 120 journées, en 1927. Mais là aussi, la passion de ce grand mécène – il finance plusieurs films de Buñuel et de Cocteau – ne doit sans doute rien au hasard : sa femme a pour grand-mère Laure de Chevigné, descendante du marquis et modèle de la duchesse de Guermantes dans la Recherche de Proust. Une fois en possession du manuscrit, Charles de Noailles le confie à l’érudit Maurice Heine qui en réalise la publication en 1935. Pour la première fois, l’oeuvre à jamais perdue du marquis de Sade voit le jour… 146 ans après sa prétendue disparition. Depuis, écrivains, critiques, philosophes, psychanalystes se sont attaqués à ce palais de sombre granit. Certains pour l’attaquer à coups de pioches, d’autres pour le célébrer comme un monument historique. Tous en proie à une sourde ou sonore fascination, mais dont le bruit de fond parasite encore la véritable valeur de l’oeuvre. Souhaitons qu’une nouvelle analyse du manuscrit apporte enfin une meilleure compréhension de cette oeuvre majeure. On pourrait d’ailleurs croire que les vicissitudes
de ce manuscrit mythique soient désormais terminées, et bien non ! En 1982, le précieux texte est confié à un ami de la famille de Noailles qui en profite pour le vendre en Suisse. C’est dès lors le célèbre collectionneur Gérard Nordmann qui en fait le joyau de sa légendaire collection d’écrits érotiques. À sa mort, en 1992, ses héritiers souhaitent vendre ce manuscrit, de plus en plus sulfureux, mais les problèmes juridiques sont saillants entre les héritiers de la famille Noailles et ceux du collectionneur Nordmann. Pourtant, une solution, satisfaisante pour tous les intéressés, fait son chemin et plus que son chemin. La bonne volonté des uns, la persévérance des autres, la passion de ce manuscrit pour tous, autant de pistes patiemment explorées qui permettent aujourd’hui le rapatriement du précieux manuscrit. Sade, lorsqu’il écrivait dans sa cellule de la Bastille, durant 1782,
ignorait tout du destin exceptionnel de son texte. Un véritable roman dans le roman de sa propre vie. Aujourd’hui, les tribulations de ce texte touchent à leur fin, et ce rouleau tant aimé, tant convoité, retrouve sa véritable place dans le patrimoine culturel de la France : celle d’une oeuvre sans cesse à explorer.

Jacques RAVENNE

Source: Aristophil

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