Gérard Lhéritier, le chevalier des lettresde Aristophil

Portrait du dimanche  » C’était un marché sous-estime », confie Gérard Lhéritier, un Meusien qui a créé le Musée des Lettres et Manuscrits et fait fortune avec  » de vieux papiers »

Cet irréductible dit lui même qu’il est  » tombé dans la marmite » Abreuvé d’une potion magique de petits papiers, englouti par des lettres, manuscrits, et documents tout aussi rares les uns que les autres, et qui ont fait sa fortune.
Né a Nancy, Gérard Lheritier est  » tout à fait Meusien d’origine, puisque toute la famille était installée entre Void et Commercy L’école primaire à Void, la pêche au brochet dans la Meuse . Pendant les vacances, on se retrouve tous en famille dans la Meuse…Il y a toujours une entreprise Lhéritier à Void et Commercy, ce sont mes neveux qui ont repris l’entreprise familiale créée en 1904 ».
Gérard, lui, n’a pas suivi les bons tuyaux de la plomberie-zinguerie  » Mes parents ne m’ont pas encouragé a suivre des études, je me suis retrouvé à l’armée rapidement ». II a ainsi  » fait Verdun », au régiment de chasseurs. Après une première carrière militaire, il en entame une autre dans les assurances à Strasbourg, puis à Nice où il fait de la gestion de patrimoine de l’expertise philatélique.

Un  » business model novateur»

À la recherche d’un cadeau pour son fiston, chez un philatéliste, il découvre des lettres  » par ballons montés », ces courriers transportés par ballons pendant le siège de Paris en 1870. « Je tombe sur des lettres de Victor Hugo, Daudet, Manet, Sarah Bernhardt, Bizet . Et voilà comment tout a commence », raconte Gerard Lhéritier, qui en a fait un roman.
« Au début, j’achetais pour moi, et j’ai commencé vraiment à m’intéresser à ce créneau des lettres et manuscrits, qui était un marché sous-estimé. Tout a changé pour moi quand j’ai décidé d’ouvrir un bureau à Paris », dit cet homme élégant et chaleureux, sourire malicieux  » Je me suis aperçu qu’il y avait 140 musées à Paris et pas un seul ne montrait des lettres et manuscrits». Il ouvre donc son Musée des Lettres et Manuscrits, puis un autre à Bruxelles, organise boulevard Saint-Germain des expositions événementielles. Romain Gary de Gaulle, Cocteau et depuis cette semaine,  » Entre les lignes et les tranchées, consacrée à la guerre 14-18.
À l’étroit, il  » s’agrandit » à deux rues de là, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, installe un Institut des Lettres et Manuscrits dans l’Hôtel de la Salle « Le lendemain de la signature, une délégation du Qatar voulait l’acheter pour étendre leur ambassade »,s’amuse-t-il. Ce superbe hôtel particulier, cossu et doré, abrite aussi le siège de sa société Aristophil. Un  » business model novateur », dit-on aujourd’hui  » C’est un système d’indivision, ce modèle économique qui fonctionne depuis douze ans nous a permis de drainer une trésorerie qu’on n’aurait pas eue ailleurs ».

Une chasse aux trésors

Aristophil a des filiales en Belgique, Suisse, Autriche, Hong Kong, a fait 189 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012. Ces placements  » atypiques et de  » vieux papiers » ont fait la bonne fortune de Gérard Lhéritier. Son Musée détient 135000 documents, dont des  » trésors nationaux », le testament politique de Louis XVI ou le manifeste du surréalisme d’André Breton. Un mélange de caverne d’Ali Baba et de cabinet de curiosités, avec des documents signés Mozart, Pagnol, Louis XIII, Piaf, Danton, Zola, Émilie du Châtelet, Marie Curie, Pasteur, Berlioz, Montaigne, Voltaire, Sartre, Aragon, Saint-Exupéry, Proust, Méliès, Jules Verne…
Dans sa chasse aux trésors, il est épaulé par sa fille Valérie,  » dénicheuse de perles manuscrites» :  » C’est aussi une affaire familiale », dit le chercheur impénitent, qui n’a acheté  » que » le second manuscrit le plus cher au monde.
Le N°l, le Codex Leicester de Leonard de Vinci, appartient à Bill Gates  » II ne l’a payé pas cher, en 1994, trente million»; de dollars, une bouchée de pain », assure Mr Lhéritier. Ce document est estimé aujourd’hui à plus de 100 millions.
Son trophée à lui, le N°2, est un  » brouillon » d’Albert Einstein et Michele Besse, le calcul de ce qui serait la théorie de la relativité. Par téléphone, Gérard Lhéritier avait suivi les enchères chez Christie’s à New York, sans trop d’espoir. Adjugé, vendu! 559 500 dollars  » Je faisais des bonds de cabri à la maison », sourit-il. Il peut ce manuscrit est désormais estimé à 28 millions d’euros. Le Lorrain, qui a exposé  » La Lorraine en toutes lettres » au Livre sur la Place 2012, à Nancy, a un regret. il lui manque une pièce de Jeanne d’Arc  » II existe une lettre chez les descendants, qui a été découverte dans les années 60», précise-t-il.

Patrick TARDIT

Paru dans

Source: Aristophil

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