Les lettres sont éternellesde Aristophil

Quel est le point commun entre Lewis Carroll, John Lennon, Ian Fleming et Napoléon Ier ? Ce sont tous des épistoliers prolifiques… Que ce soit à une amie, un éditeur, une maîtresse ou un bras droit, ces auteurs ont écrit avec leur cœur !

Non à la notoriété !

Le 19 mars dernier, la maison londonienne, Bonhams, a mis aux enchères une lettre de l’écrivain britannique Charles Dodgson, plus connu sous le nom de Lewis Carroll, adressée à son amie Anne Symonds. Estimée autour de 5 000 euros en fourchette basse, cette lettre du père d’Alice au pays desmerveilles dans laquelle il explique sans détour sa détestation viscérale de la célébrité, a été adjugée à 14 600 euros… Lors de cette même vente, un incroyable manuscrit, datant du milieu du XIIIe siècle, a trouvé un nouveau propriétaire. Ce dernier a dû débourser près de 50 000 euros pour ce manuel de droit canonique du frère dominicain catalan Raymundus de Penaforte (c. 1175-1275). Rédigé avec une rigueur exceptionnelle, ce manuscrit, Summa deCasibus Poenitentiæ, a connu un succès populaire en son temps.

Des lettres rock’n'roll

Le 20 mars dernier, la maison anglaise Cooper Owen, spécialisée dans la musique, a mis en vente six lettres de John Lennon, adressées à son producteur de l’époque, Phil Spector, et probablement écrites entre 1973 et 1975, au moment de sa rupture momentanée avec Yoko Ono. Dans une des lettres, intitulée A Matter of Pee (une affaire de pipi), le chanteur dément, au feutre rouge, avoir uriné sur la console de mixage ! Il dénonce le guitariste Keith Moon et le chanteur Harry Nilsson :  » Au cas oùtu ne le savais pas, c’est Harry et Keith qui ont pissé sur la console ! » Ce courrieraurait trouvé acquéreur à 64 000 euros.Les écrits de Lennon sont assurément en vogue puisque des dizaines de dessins et de manuscrits originaux de sa main, souvent drôles et tendres,se sont aussi arrachés aux enchères le 4 juin chez Sotheby’s, à New York,quadruplant voire quintuplant parfois les estimations ! Ces 89 lots – estimés à 626 662 euros en fourchette basse et qui ont rapporté 2,138 millions d’euros – sont considérés par la maison de ventes comme  » le plus grand ensemble de John Lennon jamais apparu sur le marché »… Tous les lots, sans exception, ont été vendus. C’est exceptionnel !…
Autre lot phare : un poème de trois pages, intitulé The Fat Budgie, s’est littéralement envolé à 105 393 euros, soit près de six fois son estimation basse… Sotheby’s met aussi en vente, le 24 juin prochain le manuscrit de la célèbre chanson, Like a Rolling Stone de Bob Dylan. La maison de vente espère une adjudication autour de 1,4 million d’euros. Un prix record qui pourrait détrôner celui du brouillon de A Day In The Life, de John Lennon, vendu chez Sotheby’s en 2010 à 884 128 euros et qui était jusqu’ici le manuscrit de musique rock le plus cher. D’autres manuscrits de chansons seront mis en vente. Ça va swinguer !

La correspondance enflammée de Fleming

Rédigées vers 1934, des lettres ardentes et passionnées du jeune Ian Fleming, le futur célèbre auteur des aventures de James Bond, à sa maîtresse autrichienne, Edith Morpurgo, ont été mises en vente, au printemps, par le libraire anglais Peter Harrington. L’écrivain a passé du temps en Autriche avant de retourner travailler à Londres, c’est probablement au début des années 1930 qu’il a rencontré Edith. Dans cette correspondance, on découvre un peu de romantisme… et beaucoup de sadisme ! Il lui raconte, en allemand et en détail, comment il aimerait lui  » faire mal » parce ce qu’elle  » l’a mérité », afin de la  » dresser comme un petit animal sauvage »… Cette collection de onze documents (lettres et une photographie) a été mise aux enchères par un descendant de la famille d’Edith Morpurgo et acquise par le libraire Harrington, avant qu’il ne les remette en vente. Le prix de la transaction finale n’a pas été officialisé, mais les experts estiment que ces documents auraient pu rapporter jusqu’à 58 717 euros…

L’empereur Napoléon Ier remplit toujours les salles

3,2 millions d’euros ! Le 29 avril dernier, la maison de ventes aux enchères Sotheby’s dispersait les collections du maréchal Berthier, prince de Wagram, chef d’état-major de Napoléon… et donc l’homme le plus important de l’Empire après l’Empereur. Les acheteurs, européens pour la plupart, ont été nombreux à se disputer les 339 lots de cette collection, mais les Américains ont également profité de cette occasion pour affirmer leur engouement et leur connaissance de l’Empire. D’ailleurs, un extraordinaire ensemble de 112 documents autographes – signés par ou adressés à Alexandre Berthier – couvrant notamment son activité militaire sous les ordres de Bonaparte et Napoléon Ier (1797-1814), a été adjugé à 145 500 euros. Berthier traverse la période de la Révolution sur le fi l du rasoir, avec une très grande prudence, tout en déployant constamment ses talents d’organisateur et son sens pratique en se mettant au service des forces au pouvoir sans se mêler jamais de politique. Ses liens d’amitié et ses services rendus à la famille royale, tout comme son amitié avec La Fayette (qui le nomme colonel), rendent sa position extrêmement précaire. Il quitte à plusieurs reprises ses fonctions dans l’armée. Dans ce lot 229, plusieurs lettres sont capitales comme celle dans laquelle Berthier se défend, en 1792, face aux accusations du député Delmas ayant entraîné sa destitution :  » Je ne réclame pas mongrade de Maréchal de Camp […] maismettez-moi dans la position honorablede servir comme soldat. Je vous jureque jamais la République n’en aura unmeilleur. Vingt-six années de servicesans reproche, quatre campagnes pourl’indépendance de l’Amérique, fidèleà tous les devoirs de citoyen depuisla révolution ». Considéré comme un agent du roi, Berthier est disgracié mais réintègre l’armée après la chute de Robespierre. Avec le soutien de Barras, il prend la tête de l’état-major des deux armées. Un an plus tard, il rencontre Bonaparte… et devient chef d’état-major de l’Armée d’Italie, tout en restant à Milan. Il soutient alors la logistique des déplacements de Bonaparte en marche vers Vienne.
Le collectionneur privé qui a acquis ce lot a complété sa collection en achetant aussi les documents régissant la Capitulation de Napoléon (lot 231) pour 25 000 euros. Ces archives privées ont aussi dévoilé l’amitié existante entre Berthier et l’Impératrice Joséphine. Elle adresse d’ailleurs trois lettres au maréchal, en 1806 et en 1809. Inédites et émouvantes, ce sont les seules connues à ce jour ; elles sont donc extrêmement précieuses. Une des lettres, estimée en fourchette basse à 8 000 euros, dans laquelle Joséphine prie le maréchal de veiller sur l’Empereur, s’est envolée à 23 750 euros :  » ayéssurtout bien soin de l’empereur. Faitesqu’il ne s’expose pas trop. Vous êtes unde ses plus anciens amis et c’est sur votreattachement que je me repose ». Nul doute que le nouveau collectionneur prendra bien soin de ce document !

Par Christel Pigeon

Source: Aristophil

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