Prochainement au MLM, l’exposition « Entre les lignes et les tranchées »de Aristophil

ROUX

La grande guerre ne s’est pas déclenchée en trois jours. Elle plonge ses racines dans l’histoire en général et dans la  » belle époque en particulier. L’incroyable dispositif de propagande qui permit aux élites gouvernantes, en France comme en Allemagne d’entraîner les peuples dans l’apocalypse méritait d’être démonté en rapport avec des paroles de poilus écrites dans la boue des tranchées et qui font mentir l’histoire officielle, l’histoire instrumentalisée par ceux qui voudraient encore nous faire croire, cent ans après, que cette catastrophe était inévitable et relevait du consentement des peuples.

Stefan Zweig résume tout au début des années 30 dans Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen : « À la fin de ce siècle de paix, (le XIXème siècle), les choses s’amélioraient d’une façon toujours plus visible, toujours plus rapide. […] On croyait aussi peu à la perspective d’une rechute dans la barbarie, à des guerres entre peuples européens, qu’aux fantômes ou aux sorcières ; les gens de cette époque croyaient sincèrement que les frontières de différences entre nations allaient peu à peu se fondre dans une humanité commune, et que, de cette façon, la paix et la sécurité, le plus précieux des biens, seraient accordés à toute l’humanité. »

Les vraies clefs de la grande guerre

C’est ce choc entre l’euphorie relative qui anime bien des français et des allemands dans l’Europe de la belle époque et le traumatisme du baptême du feu dès Août 1914, quand un tiers des morts de la grande guerre vont tomber en 8 mois, dans un conflit qui dura pourtant quatre ans et demi, c’est ce contraste qui nourrit dès le départ les paroles de deux prêtres-fantassins, de deux généraux en colère et d’un soldat amoureux, mais aussi des lettres et des témoignages de ces poilus hypersensibles qu’étaient les peintres et les écrivains mobilisés dans les tranchées.

A travers les pensées, les états d’âme et les émotions de leurs auteurs, les manuscrits, les carnets, les lettres, les pièces à conviction réunies dans l’exposition  » Entre les lignes et les tranchées et dans le livre qui l’accompagne (Editions Gallimard/Musée des Lettres et Manuscrits) nous racontent 1563 jours de mort et de vie quotidiennes et nous révèlent  » entre les lignes les véritables causes de la grande guerre : la nécessité de souder et de légitimer une troisième république toute neuve côté français et un empire improbable côté allemand, et surtout un nouveau partage du monde, de ses sources d’énergie et de ses matières premières. Elles nous révèlent les vrais moteurs et les vrais champs de bataille de la guerre, ceux qui motivent souvent les nations comme ceux qui les gèrent : l’appât du gain et du pouvoir.

Le chemin des âmes

Après avoir analysé le  » bouillon de culture qui donna naissance à la grande guerre et l’incroyable propagande qui finit par réussir à dresser les peuples les uns contre les autres, le cœur de l’exposition déroule le chemin de quelques âmes , illustré par les photographies et les carnets de Joseph et de Loÿs Roux, deux poilus prêtres fantassins qui ont laissé 1500 photographies d’une valeur inestimable témoignant de la vie quotidienne dans les tranchées, par les carnets documentés du Général Duplessis et les lettres du Général Gallieni qui soulignent et dénoncent l’incompétence d’une partie de la haute hiérarchie militaire française et les méfaits de la guerre entre chefs, par les lettres d’amour d’un poète Sarthois, Maurice Drans, par les rapports de tranchée du Capitaine Charles de Gaulle, et enfin par des lettres, des dessins d’écrivains et de peintres impliqués dans la grande guerre d’une manière ou d’une autre : Romain Rolland, Guillaume Apollinaire, Henri de Montherlant, Marcel Proust, Louis Pergaud , Henri Barbusse mais aussi Jacques Vaché, André Derain, Félix Vallotton et les nabis, Fernand Léger et Théophile Alexandre Steinlen. Après une sorte de respiration ménagée par l’évocation du rôle des chansons dans la guerre, qu’elles aient été des chants de propagande ou de révolte, les derniers segments de l’exposition évoquent la façon dont le haut commandement militaire terrorisa la troupe dès 1914, et sacrifia des hommes qui n’étaient trop souvent considérés comme de la chair à canon, comme une variable d’ajustement sur l’échiquier de la guerre, avant de nous faire revivre la vie et la mort au quotidien au cœur la grande barbarie de la première grande tragédie du 20ème siècle et d’évoquer pour conclure les facteurs qui déclenchèrent la seconde guerre mondiale et de rendre un dernier hommage à l’homme qui rêvait d’abolir la guerre : Jean Jaurès.

Les temps forts de l’exposition

Les scoops présentés dans l’exposition : le formidable discours de Jaurès à la jeunesse en 1903, le fil rouge des incroyables photos des frères Roux pour la plupart inédites à l’exemple de celle qui montre l’un des 300 soldats noirs de l’armée allemande ou de vrais assauts non simulés pour la prise de vue; des fonds d’archive inédits (Roux, Duplessis, Gallieni, Drans) ; du jamais vu : des rapports de tranchée de Charles de Gaulle; l’interview fracassante et cynique de l’un des plus grands banquiers des Etats Unis qui explique en mars 1917 les vraies causes d’une guerre avant tout économique, et aussi un exemplaire original de l’affiche de mobilisation de la grande guerre placardée partout le dimanche 2 août 1914 et imprimée… 10 ans plus tôt en 1904 au moment où Jaurès cherchait à convaincre la jeunesse du fait que la paix sociale conditionnait la paix militaire !

Entre les lignes et les tranchées
Grande exposition liée au Centenaire de la Grande Guerre
Musée des Lettres et Manuscrits
222 Boulevard Saint Germain 75007 paris
du 9 avril au 31 août 2014

Par: Jean-Pierre Guéno

Source: Aristophil

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